Jours de fête à Saint-Martin

Reportage argentique 


Dans la vallée de la Vésubie, à quelques heures de marche de la frontière italienne, le village de Saint-Martin-Vésubie se dresse fièrement dans les montagnes. Chaque année s’y déroule un Carnaval unique, empreint de traditions centenaires. Ces festivités profanes sont source de relâchement social, annoncent le début du Carême et mettent en scène le règne éphémère du sa Majesté Titoun durant quatre jours, du samedi au mardi. Le personnage principal du Carnaval, le Biffou, possédait autrefois de nombreux rôles : il permettait d’implorer la pluie pour le début du printemps mais aussi de chasser les mauvais esprits. Aujourd’hui, le Carnaval s’organise principalement autour de lui. « Cela fait plus d’un siècle que le Carnaval a lieu, sans interruption. Hormis durant la guerre » explique Henri Giuge, le maire du village. Le Carnaval a toujours conservé le même déroulé. Il possède en outre un aspect très politique. Anciennement expression de revendications et de contestations populaire, il permet aujourd’hui d’entretenir la cohésion du village et d’atténuer les tensions, notamment post-électorales. Ce n’est pas une fête touristique, seuls les habitants de la Vallée ou les habitués peuvent comprendre le fonctionnement et les rouages des festivités. Durant ces quatre jours figés hors du temps, un profond sentiment de liberté et d’innocence s’empare des caravaniers.



Installé dans les contreforts de la vallée de la Vesubie, le village de saint Martin est connu des randonneurs et des passionnés de sport de montagne.

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[Samedi 10h] Cette année, les préparations ont commencé en décembre. Il faut construire les têtes et le char, installé sur un tracteur. « Nous l’avons fait à la main, c’est la première fois » m’explique Nicolas. Une grande partie des villageois participe à la préparation de Carnaval.

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Le Biffou est le personnage central du Carnaval. Sorte de bouffon du Roi, il est reconnaissable par sa tenue aux motifs arlequins et son chapeau pointu. Cette année, c’est Yvonne, une couturière du village, qui a créé les costumes dans le respect des traditions d’antan. . Il possède un équipement très spécifique. Les Biffous portent des cascavalhieros (clochettes) pour prévenir de leur arrivée. Armés de leurmasseta, sorte de batte en bois composée de fines lamelles, ils s’en servent pour taper les fesses des personnes à proximité d’eux et pour se défendre. Deux sont créées pour chacun afin qu’ils ne soient jamais désarmés. Dans l’autre main, ils tiennent une bourse remplie de châtaignes que les villageois tentent de leur subtiliser. « Ils n’y parviennent jamais » affirme Geffrey.

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Il existe deux Biffous lors du Carnaval. Geffrey est le Biffou Djouve (le jeune), qui doit être célibataire. A 18 ans, il travaille dans une pâtisserie du village et souhaite « faire perdurer les traditions ». Nicolas est le Biffou Madje (l’aîné). Il doit normalement être le dernier marié du village. Son mètre quatre-vingt dix et ses cent kilos « l’aident à ne pas avoir peur. » dit-il en souriant. Tous deux sont accompagnés par un Porte-Cavagne, qu’ils choisissent personnellement. Armés eux aussi de massetas, ils ont pour rôle de protéger le Biffou lors des attaques des villageois, de porter les dons reçus durant les passages dans les maisons et de jeter des bonbons aux enfants.

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Les musiciens accompagnent tous les évènements du carnaval et viennent de toute la Vallée. Ils sont payés par le Comité des Fêtes. Durant les quatre jours, trois différents groupes jouent : Li ragas, Li Falabracs, Li Festaire. Le dernier jour, tous se regroupent pour jouer à l’unisson, accompagnés par ceux qui le souhaitent. Les musiques traditionnelles de la Vallée se succèdent et sont connues de tous. La mélodie est donnée par une flûte locale, le fifre.

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[Dimanche 15h] « Oyez,oyez… » Le premier jour du Carnaval, l’Héraut monte sur un cheval pour annoncer la venue de sa Majesté Titoun et le programme des quatre jours à travers le village.
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[Dimanche 15h] Le Carnaval rend visite aux pensionnaires de l’hôpital Saint-Antoine. Le char, les têtes et les musiciens entrent dans la cour. Certains pensionnaires suivent les farandoles. Tous sourient. C’est un moment très important pour les infirmières. « Toutes les générations se rencontrent, c’est très beau » me dit Silvana, une aide-soignante.

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[Lundi 6h30] Le Comité des fêtes est l’association chargée de superviser tous les évènements saint-martinois. Son bon fonctionnement est primordial pour Carnaval. « Il faut être une trentaine pour encadrer les festivités. Cela demande une réelle organisation.» m’explique le maire, Henri Giuge. La nouvelle équipe a conscience de son rôle. « On va peut-être faire des erreurs, mais nous avons la volonté de bien faire. On apprend. » explique Nicolas, le biffou madje.

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[Mardi 10h] Le lundi et le mardi, les Biffous rendent visite aux villageois et aux habitants des alentours durant les Aubades. Le Biffou madges’occupe de la zone du haut, et le Biffou djouve de celle du bas. Accompagnés de quelques carnavaliers et des musiciens qui attendent dans des camionettes, ils entrent dans les maisons, distribuent des coups demasseta et repartent généralement avec un billet (jusqu’à cent euros !) ou une bouteille d’alcool.


[Thuesday, 10.am] Monday and THuesday, Biffous visited villagers all around Saint-Martin. This ceremony is called "Aubades". Escorted by musicians, they enter in houses, kick bottom of people and go back with money or alcohol. 

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[Lundi 10h30] Certaines portes restent fermées, malgré la présence évidente des propriétaires, ce qui agace les Biffous.


Some doors stay closed, even if habitant are here. This behavior annoy Biffous. 

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[Lundi 9h30] Cette année, le comité des fêtes a récolté plus de 2.000 euros qui servent à payer les frais du Carnaval. Dans les chalets où certains préparent un apéritif, une fête improvisée s’organise.

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[Mardi 11h]Les habitations sont parfois très éloignées et les Biffous doivent parcourir de longues distances en courant. C’est un moment très intense et physique pour eux car il faut passer rapidement chez tous les habitants du village pour ne pas créer de sentiment de jalousie.



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[Mardi 15h30] Lorsque le Biffou passe devant les enfants, ceux-ci crient « avarou », (« avare »). Le Porte-Cavagne jette alors des bonbons afin que les enfants se baissent pour les ramasser. Le Biffou en profite pour asséner un coup de masseta sur les fesses à sa portée. Réunis en petits groupes, les enfants le suivent, se cachent, l’interpellent, partent en courant puis reviennent, créant une escorte informelle autour de lui.


Every child is feared by Biffous but they always follow them. They receive candies but Biffou are always ready to kick them slowly. 

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[Mardi 16h] Le cortège carnavalesque descend sur la place de la Frairie. Les farandoles sont alors dirigées par les deux Biffous qui en font varier le rythme, tantôt en courant, tantôt en ralentissant. C’est le moment où tous sont sur le qui-vive, la foule empêchant de voir l’arrivée des voleurs de bourse.


[Mardi 16h] The parade arrive at La Frairie Place, farandoles are leading by Biffous. It's a dangerous moment for them because villagers are preparing attacks to rob the pocket. 

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Les Abbats, sorte de hallebardiers, sont une coutume héritée des débuts du Carnaval. A l’époque, les villageois accrochaient aux hallebardes des feuilles de choux et du poisson séché pour fêter le retour du printemps. Aujourd’hui, ils continuent d’arborer ces symboles. C’est généralement le Président et le Vice-Président du Comité des fêtes qui endossent ce rôle.

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[Mardi 16h] A trois reprises durant le Carnaval, les Biffous sont pris en embuscade par différents groupes qui tentent de dérober leur bourse. Des affrontements parfois violents éclatent alors, ponctués de grognements, du bruit des clochettes et du claquement de la masseta. Les escarmouches finissent toujours par une large accolade entre les adversaires.


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[Mardi 21h] Lors de la procession aux flambeaux qui amène le Roi Titoun vers le bûcher comme le veut la tradition, le cortège est encadré et dirigé par les pénitents blancs ainsi que les deux abats.

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[Mardi, 22h30] Le Carnaval finit par la crémation du Roi Titoun. Autour du bûcher se forment de grands cercles, qui tournent en suivant l’air d’Adiéu Paure Carneval (Adieu pauvre Carnaval), où les farandoles s’accroupissent lorsque le rythme diminue, afin de pleurer la mort du Roi, puis repartent de plus belle après trois coups de timbale.


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